A propos de « Tempête dans une chambre à coucher »

Nous réagissons parce que nous sommes consternés. Parce que nous ne supportons pas que les stéréotypes du Noir comme bête sexuelle circulent sans vergogne et librement dans les festivals ou à la télévision.

La scène se déroule en janvier, au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand. Salle comble, près de 400 personnes ont les yeux rivés sur un écran qui projette « Tempête dans une chambre à coucher« , un film d’animation de 12 minutes réalisé par deux Françaises Juliette Marchand et Laurence Arcadias (Productions Les Trois Ours). Applaudissements. Avril 2012, même scène, en ouverture du festival de Films de Femmes à Créteil.

C’est l’histoire d’un couple qui a tout pour être heureux. Tout…sauf une vie sexuelle épanouie. Ils décident donc de partir dans le désert pour un voyage initiatique sensé raviver leur flamme. En leur absence, deux employés chargés de s’occuper de la maison vont connaître une passion torride dans leur chambre à coucher…

Histoire, à priori, légère donc… sauf que, dès les premières secondes du film, rien ne va plus. Les personnages sont racialisés. D’un côté, il y a ce couple de Blancs riches, propriétaires d’une villa et qui, malgré tous les films X dont ils s’abreuvent, s’ennuient ferme au lit. De l’autre : les Noirs employés de maison. Les deux Noirs ne se connaissent pas, mais il suffira que l’homme aperçoive les dessous et les cuisses de la femme pour que ces deux-là s’entreprennent et -pour traduire en mots, les images racistes produites- dans une joie toute enfantine, ces deux grands enfants font l’amour sans aucun tabou.
Comme si cela ne suffisait pas, les deux Noirs du film se voient dotés d’attributs morphologiques « attendus » : la femme est forcément obèse et toute en seins, l’homme, fessu et ventru. Et comme si cela ne suffisait toujours pas, les réalisatrices introduisent une séquence animalière : tandis que la Noire chevauche son amant en couinant, un train à bestiaux surgit de nulle part, bondé d’animaux sauvages, de girafes, d’éléphants et de lions en plein coït. De retour chez eux plus tôt que prévu, le couple blanc les surprend. Ce qui provoque chez la femme un orgasme tel qu’elle en devient femme fontaine et inonde sa maison.

En 12 minutes, tout est dit et surtout le sempiternel discours raciste où le Noir (son corps et sa personne) est subjectivé, fantasmé et présenté très crûment comme l’objet sexuel des blancs. De telles images suractivent les préjugés raciaux envers les communautés noires. Elles alimentent les fantasmes et nourrissent les imaginaires des anciennes sociétés coloniales dont la France fait partie.

Nous réagissons parce que nous sommes indignés. Parce que nous ne supportons pas que ces stéréotypes du Noir comme bête sexuelle soit à ce point validée, qu’ils circulent sans vergogne et librement dans des festivals ou à la télévision (Arte l’a diffusé). Parce que nous estimons que l’ancien temps des colonies a produit une mentalité préjudiciable pour les Noirs. Pervers et insultant, ce film s’inscrit dans cette lignée. Au mépris des peuples, il contribue à nourrir le racisme d’une France ordinaire.

Qui a des idées pour que cette réaction ne soit pas simplement une lettre ouverte sur facebook mais devienne, véritablement, une action concrète ?

Véronique Kanor New et Collectif

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5 Réponses

  1. LOUVIERS dit :

    Je partage l’indignation des indivisibles Ca suffit nous ne supportons plus que ces stéréotypes du Noir comme bête sexuelle soit véhiculée sans honte dans un média public et sur la place publique

  2. atcha dit :

    Bonjour,
    Merci d’être là. Je m’associe de tout coeur à vos engagements et partage vos indignations. Je ne vous connaissais pas avant de lire la tribune conjointe publiée sur le site lemonde.fr, et cela réjouit de vous découvrir.
    Bien à vous.

  3. gelie dit :

    le racisme à la fois inconscient, normal, et intégré

  4. Angra dit :

    Je n’est pas pu aller au bout du film tant les clichés raciaux qui y sont véhiculés sont insupportables, je suis indigné qu’une chaîne comme Arte qui n’est pas n’importe quelle chaîne ose diffusée une telle « oeuvre » cinématographique, je pensait jusque là qu’Arte était une chaîne opposée au racisme, ou alors avec une opposition au racisme pareil il n’est plus besoin de racistes, il est vrai qu’ils ont fait la pub de Lars Von Triers… c’est infâme !

  1. 1 mai 2012

    […] un article des Indivisibles  très intéressant […]

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