Beauté noire, norme blanche

Extrait de Racisme, mode d’emploi de Rokhaya Diallo :

Les images diffusées par les médias imposent à toutes les personnes qu’elles touchent de se conformer à leur norme. À travers la diffusion de ces standards, la conviction est inculquée à tou-te-s que la norme est blanche. Les minorités admettent qu’elles doivent tout faire pour s’y conformer ou au moins s’en rapprocher, en camouflant le mieux possible les caractéristiques spécifiques à leur ethnicité, ce qui aboutit en quelque sorte à gommer leurs caractères « ethno-raciaux ». Je vous laisse imaginer les efforts surhumains que nécessite la conformation à ce modèle lorsqu’on a la peau sombre, les yeux bridés ou les cheveux tire-bouchonnants. Comme le souligne Albert Memmi dans son Portrait du colonisé :

« L’’écrasement du colonisé est compris dans les valeurs colonisatrices. Lorsque le colonisé adopte ces valeurs, il adopte en inclusion sa propre condamnation… Des négresses désespèrent à défriser les cheveux qui refrisent toujours et se torturent la peau pour la blanchir un peu ». ((Albert Memmi, Portrait du colonisé, Gallimard, 1985.))

Ayant intériorisé la « laideur » de leurs traits, les femmes minorées entrent dans une logique de combat : elles doivent quotidiennement lutter contre une apparence qu’elles détestent. Une véritable négation de soi. Tous les procédés vont dans un seul et même sens : dissiper ce que l’on peut appeler les marqueurs ethno-raciaux.

Chez les minorés, nombre de gestes de beauté sont motivés par la nécessité de se rapprocher du modèle dominant. Des pratiques esthétiques répandues démontrent une véritable haine de soi. Les professionnels du marketing « ethnique » arguent souvent de l’intérêt de cibler les femmes non-blanches, jugeant que le budget qu’elles consacrent à la beauté est largement supérieur à celui des femmes blanches – un budget « neuf fois supérieur » à celui des femmes blanches, selon la spécialiste Myriam Keita Brunet.

En plus des efforts « usuels » relevant du sexisme (course à la minceur, à la jeunesse), les femmes racisées doivent aussi procéder à des modifications définitives et structurelles de leur peau et de leurs cheveux pour parvenir à atteindre cet idéal. Défrisages réguliers, perruques, voire produits éclaircissants, tout cela a un coût. Ce budget exceptionnel n’est pas le fait d’une coquetterie particulière ou d’une hypothétique culture portant aux nues le culte du corps, mais bel et bien le prix d’une normalisation.

À travers ces démarches, la dénaturalisation devient la norme chez les minorités, convaincues que leur « nature » est laide, et les conforte dans la perpétuation d’une image altérée. La conformation à l’idéal induit l’effacement de toute trace de « non-blanchité », parfois au détriment de la santé physique voire mentale. La modification du corps par voie de chirurgie est une pratique de plus en plus répandue.

Extrait complet du chapitre sur LMSI

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1 Réponse

  1. teymour dit :

    Dommage que l’extrait du documentaire « Dark girls» ne soit qu’un contenu privé et pas visible à n’importe quel visiteur du site. Pour info, il en existe une version accessible à tous ici :

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