Boutons ces Françaises hors de France

Cher Alain, c’est avec soulagement que j’ai pris connaissance de votre tribune publiée en ligne sur le site du Monde le 6 juillet. Enfin quelqu’un qui ose ! Vous n’êtes pas président d’une éminente association antiraciste, la Licra, pour rien, vous. Quel talent, quel courage, quelle audace dans la lutte ! Un chef, un vrai. Un problème, une solution. Trop de mamans voilées volontaires pour accompagner leurs rejetons et ceux des autres en balades, visites de musée, et autres sorties scolaires ? Face à cette dangereuse menace, vous n’y allez pas par quatre chemins. C’est vrai que les attaques se multiplient contre le rempart laïc sur le front scolaire. Entre les demandes de déplacement de dates nationales de concours d’écoles d’ingénieur pour cause d’incompatibilité de calendrier religieux et ces mamans osant venir la tête couverte d’un fichu pour conduire nos doux chérubins à la découverte du vaste monde, c’en est trop !  

C’est beau de voir un homme se dresser pour défendre la « laïque », aujourd’hui menacée, plus d’un siècle après sa sublime victoire sur l’enseignement des bonnes sœurs et des curés. C’est que la menace se précise. De dangereuses renégates, que dis-je des infidèles au dogme laïc, entendent accompagner leurs enfants en sortie scolaire ? C’est scandaleux, d’autant qu’il faudrait être bien naïf pour croire que cette poignée de mamans agit seule et sans dessein. Elles ont derrière elles une armée de barbus (forcément) intégristes, violents, hirsutes, prosélytes, qui entendent hérisser la France de dômes de mosquées, évangéliser, euh pardon, islamiser nos enfants, mettre à terre nos églises !!! C’est horrible, j’ai si peur ! Ils se croient chez eux ces gens, mais ils ne connaissent ni notre histoire, ni les bases de la laïcité, encore moins celles de la modernité, de l’égalité entre les sexes, cette belle égalité que nous pratiquons quotidiennement dans l’égalité salariale, dans l’absence de violences conjugales, dans nos belles publicités qui ornent le mur de nos métros et de nos bus, valorisant la femme.

Comment cela, elles sont françaises et donc chez elles ? Que nenni. C’est une idée que je ne peux assimiler, donc je la refuse, c’est plus simple. Ce projet salvateur de circulaire que vous défendez montre le chemin, la lumière : un texte national ciblant spécialement ces mères blasphématoires, prêtes à faire du lavage de cerveau à nos enfants, aux millions de petits êtres sans défense scolarisés dans le public en France. Cela je ne le supporterai pas. Mais comme j’entends déjà d’ici les bêlants droits-de-l’hommiste crier à la catégorisation, donc au racisme, et même à l’illégalité – ces mamans ne sont pas agents publics, on peut se le dire entre nous que vous faites dire n’importe quoi aux textes – voire à l’inconstitutionnalité, je vous propose d’aller plus loin. C’est vrai, cette loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat date de 1905, autant dire la préhistoire, et puis les temps ont changé, il faut s’adapter. Le législateur du siècle dernier ne pouvait prévoir l’invasion à laquelle nous serions soumis, on ne peut lui en tenir rigueur, mais on peut corriger le tir.

Ce qu’il nous faut c’est un vrai beau projet de loi pour un vrai beau projet de société. Un texte qui ciblerait non pas une religion, mais toutes. Il suffirait de faire cocher quelques cases aux enfants lors des dossiers d’inscription dans le public pour connaître l’état des pratiques religieuses familiales. Si un quelconque début de spiritualité familiale transparaissait, l’enfant serait automatiquement débouté de sa demande, de la maternelle aux grandes écoles, et fiché. Trop risqué, de récréations en goûters d’anniversaire, ce sont des générations d’écoliers qui basculeraient dans la religion – qui plus est pas celle de leurs pères ou mères ! Chaque enfant serait dirigé vers l’établissement confessionnel, non pas de son choix, mais correspondant aux convictions religieuses parentales. Des vérifications surprises seraient réalisées auprès des inscrits dans le public pour purges régulières : « alors, mon petit, ce n’est pas trop dur ramadan ? », « alors, mon petit, comment s’est passée la bar-mitsva de ton frère ? » ou « alors, mon petit, c’était bien le baptême dimanche ? ». Ce serait un sacré progrès, non ?

Neijma pour Les Indivisibles

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