Gene-ethnique, « Les Experts » du gouvernement Fillon

L’examen d’ADN est à la mode. A la télé, comme au gouvernement, cela faisait quelques temps déjà que l’ADN était sur le tapis . Pendant la campagne présidentielle, un candidat « expert» en biologie affirmait qu’il existait des gènes responsables de la pédophilie, du suicide et même de l’homosexualité. Petit rappel:
« J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable.(…) Je ne partage pas non plus l’idée que le problème de l’autisme est un problème d’éducation. Dans les années 60, quand j’étais enfant, j’entendais ce jugement très choquant à propos d’un jeune qui était homosexuel : «sa maman l’a fait dormir dans son lit», «sa maman lui achetait des poupées»… On a fait litière de tout ce fatras. Il faut arrêter de culpabiliser, il y a des terrains fragiles* ». Mettre la pédophilie, le suicide, l’autisme et l’homosexualité sur le même plan de la fragilité innée, c’est exercer des raccourcis extrêmement dangereux. Est-il nécessaire de rappeler que l’homosexualité, autant que l’hétérosexualité ne sont pas des « maladies » génétiquement transmissibles ? Apparemment, ces notions sont loin d‘être claires pour tout le monde, même au sommet de l’Etat.
Des analyses ADN permettraient donc d’isoler ce fameux gène fauteur de trouble et de le modifier ou le supprimer, tout simplement. De même, un avant-projet de loi était en préparation concernant le principe d’une  » détection précoce des troubles du comportement  » chez les enfants « pouvant conduire à la délinquance « . Encore une fois, la part d’inné était primordiale pour le pouvoir législatif qui allait ainsi condamner de jeunes enfants à porter l’étiquette de délinquant dès l’âge de trois ans. Pas bête de la part du gouvernement qui cache ainsi ses responsabilités dans l’émergence de la délinquance juvénile! Brice Hortefeux et son équipe de chercheurs veulent associer science et avenir politique…..Tant que nous y sommes, pourquoi ne pas proposer à des laboratoires indépendants de se pencher sur le gène de la délinquance en col blanc ? On aurait inexplicablement trouvé celui-ci en concentration très élevée dans les grandes écoles de commerce et de l’administration de notre pays.

Aujourd’hui, l’ADN revient de nouveau à la une de l’actualité. Cette fois ci, c’est pour détecter les menteurs, c’est-à-dire les immigrés ayant recours au mensonge pour faire venir en France une famille imaginaire. En effet, un nouvel amendement en discussion à l’Assemblée nationale permettrait de faire des prélèvements ADN sur les immigrés souhaitant bénéficier du regroupement familial. Ce test se fait sur la base du volontariat mais aussi de l’argent puisque seuls les plus riches d’entre eux pourront se permettre de payer, pour éventuellement, selon le bon vouloir des autorités, faire ou non rentrer leur famille en France. Et puis, avec l’ADN, on pourrait peut-être mettre un terme à cette étrangéité qui fait si peur. Faire en sorte qu’ils soient moins étrangers, moins typés, qu’ils ressemblent plus à ce si reconnaissable « Français de souche ».

Cette réforme interroge donc fondamentalement les enfants d’immigrés, mais aussi toute notre société sur la notion de famille. En effet si la famille se restreint à deux personnes de sexe opposé et à leurs enfants biologiques, que deviennent les enfants d’un premier lit, adultérins ou adoptés ? Ainsi, ce ne sont pas seulement les immigrés qui sont attaqués par cette mesure, mais aussi une bonne partie des familles françaises.
M. et Mme Sarkozy forment d’ailleurs un couple français moderne dans la mesure où ils sont une famille recomposée avec des enfants issus de différents mariages. Et si, a rebours, ces enfants, par test ADN n’étaient plus considérés comme les leurs? Il pourrait être intéressant de leur poser la question.

* Philosophie Magazine, avril 2007

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