J’ai un rêve que je souhaite vous faire partager

La commission de discipline s’est réunie mardi 8 février dernier et m’a reçu, je suis toujours suspendue depuis le 1er décembre 2010 mais celle-ci a décidé un report sine die de sa décision pouvant être prononcée à mon encontre.

J’ai été surprise en ayant été reçue par l’ensemble des membres de cette commission d’un accueil humain et d’une écoute véritable sur la demande de report par mes défenseurs.

Je crois que nous sommes finalement tous humains et me réjouit de cette conscience, peut-être le signe que finalement l’Humain doit être placé au dessus de tout dans un combat, y compris lorsque celui-ci peut-être conflictuel.

Je salue évidemment ce report, qui laisse également le champ libre à une instruction judiciaire ouverte par le Parquet de Créteil suite aux huit plaintes, dont la mienne, déposées au pénal pour discrimination et harcèlement moral à l’encontre de la Policede certains fonctionnaires de la Police Aux Frontières d’Orly.

L’instruction judiciaire n’en sera que menée plus sereinement par le Juge d’instruction désigné afin que la vérité soit faite, et que la Justice soit rendue librement au nom du Peuple français, Justice en laquelle je crois, en laquelle j’ai confiance.

Vous savez, aujourd’hui ce combat est rude et difficile car il nous affecte toutes et tous dans la vision, la représentation intime que l’on a de la République et des valeurs qui nous rassemblent finalement.

J’essaie humblement, parce que je ne l’ai que trop vu et/ou vécu, et c’est tout ce que je raconte dans mon livre « Omerta dans la Police », de militer quotidiennement pour deux choses qui me paraissent essentielles de nos jours :

Tout d’abord, la défense d’une Police nationale Républicaine, exemplaire, respectée et respectueuse, garante à la fois de l’Ordre public et de la sécurité de tous mais également des Droits de chacun d’entre-nous.

Ensuite et surtout : La lutte contre toutes les formes de discrimination, de racisme, de sexisme, d’homophobie, d’atteinte à la dignité humaine, d’abus de pouvoir, ou encore de déni de droits, afin que tout ce que j’ai vu et/ou vécu, et naturellement décrit dans mon livre « Omerta dans la Police » ne puisse jamais se reproduire.

Ce n’est pas si simple car l’Humain reste l’Humain, avec ses qualités mais également ses travers, c’est d’abord un combat Républicain, un combat moral, un combat d’idée que je souhaite vous faire partager, et sur lequel j’ai envie de m’associer avec vous.

Je suis certaine que vous partagerez ce rêve avec moi, celui pour lequel je me lève chaque matin, moi c’est pour ma fille par exemple, car je ne souhaite pas qu’elle puisse vivre une seule fois dans sa vie ce que j’ai vécu. Et vous, ce sera pour vos enfants, vos petits-enfants qui peut-être même comme moi rentreront aussi dans la Police nationale par vocation de servir la République et les citoyens.

Ce combat est un rêve que je souhaite vraiment atteindre, je m’y attache corps et âme, d’ailleurs je ne m’arrête pas là, et comme vous le savez sans doute, je souhaite la création d’un Comité national d’éthique de la sécurité. Qu’en pensez-vous ?

Pour ma part je considère que les droits et libertés ne peuvent être considérés comme garantis de manière satisfaisante si l’atteinte à un seul d’entre eux est tolérée pour une seule personne. Aussi, il est indispensable que la puissance publique se dote d’institutions veillant à ce que les forces chargées de protéger les droits et libertés le fassent d’une manière compatible avec celles-ci, dans le plus grand respect de l’état de droit.

Je pense sincèrement que la protection des libertés doit-être un combat permanent. Aussi, il est indispensable, à côté du futur Défenseur des droits, de mettre en place une autorité publique non gouvernementale de contrôle de l’éthique de la sécurité totalement dédiée à cette mission, réellement indépendante, accessible à toutes et à tous et dotée de pouvoirs importants et même renforcés.

C’est pour ces raisons, que j’ai travaillé sur un projet de loi visant à la création d’un Comité national d’éthique de la sécurité.

En effet, l’actuelle Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) ne sera bientôt plus qu’un souvenir, or pour faire face à de tels actes, de tels manquements à l’éthique et à la déontologie, il est absolument nécessaire de garantir une véritable indépendance : le Comité national d’éthique de la sécurité a une autorité non gouvernementale, neutre et indépendante, dont le président serait élu parmi ses membres, sélectionné avec un soin particulier de parité, d’équilibre et de représentativité, avec son propre règlement intérieur et dont le budget serait inscrit dans un programme spécifique de la mission « pouvoirs publics » de l’Etat afin de lui garantir une autonomie budgétaire.

Mais il faut aussi le doter d’un véritable pouvoir de saisie et d’injonction : le Comité national d’éthique de la sécurité pourra se saisir de toute situation relative à un manquement aux règles de l’éthique et de la déontologie .Toute personne physique ou morale pourra le saisir, sans conditions de forme, directement et c’est une grande avancée ou indirectement (pas un parlementaire par exemple). Les autorités publiques ne pourraient s’opposer par ailleurs aux missions du Comité national d’éthique de la sécurité et les membres du Comité pourront accéder sans refus aux lieux nécessaires à son enquête et procéder à toutes vérifications sans opposition qui s’imposeraient. Enfin le Comité pourrait se greffer à toute procédure judiciaire en cours, et de lui même saisir une juridiction compétente en la défense des intérêts de la personne ayant préalablement saisi le Comité.

Enfin, il faut absolument garantir la protection renforcée de la personne ayant effectuée la saisine : les personnes ayant effectué une saisine du Comité national d’éthique de la sécurité ne pourraient aucunement être poursuivies sur le motif d’une saisine et des sanctions seraient prévues en cas d’entrave au fonctionnement du Comité ou dans l’exercice de ses missions.

Ce rêve est peut-être enfin à notre portée, et je suis très heureuse, que portée par une députée, Marie-George Buffet, mon projet de loi, soit devenue une proposition de loi, déposée sur le bureau de l’Assemblée nationale le 26 janvier dernier.

C’est bien ce rêve que je souhaite vous faire partager aujourd’hui.

Politiquement ce rêve n’est l’apanage ni de la Gauche ni de la Droite, c’est pour moi le rêve de chaque citoyen, de chaque Républicain que nous sommes, dans notre pays, celui des Droits de l’Homme, un rêve pour l’éthique et le respect des droits qui doit chaque jour nous animer, nous stimuler, nous motiver à nous battre toujours plus pour un avenir meilleur, bien sûr pour notre Police nationale, celle que j’aime et je défends chaque jour, mais bien au-delà encore, pour notre société toute entière, pour sa jeunesse, et son avenir dans une République où chacun à sa place, chacun est responsable, et où chacun a confiance en nos Institutions.

Je suis profondément émue pour conclure de l’action du Collectif de soutien citoyen à mon combat et de l’ensemble de vos soutiens marqués, vous êtes pratiquement un millier bientôt à avoir rejoint le Collectif, simplement par votre nom parfois, et souvent en menant ci et là des actions locales de soutien ou de communication, de sensibilisation, qui me sont favorables et qui me touchent profondément.

Je ne sais comment vous remercier pour ces soutiens et de vos témoignages également et vous faire part de ma reconnaissance, cela démontre bien que nous sommes de plus en plus nombreux à partager ce rêve.

Alors je terminerai en citant Martin Luther King, « I have a dream », oui j’ai un rêve, ce rêve, pour vous, pour moi, nos enfants, pour notre avenir, dans ce monde si changeant, à l’instar de la Tunisieet de l’Egypte qui renouent enfin par leurs peuples soulevés dignement avec la démocratie, un rêve pour l’éthique et le droit, pour qu’ensemble, nous puissions vivre en communion citoyenne avec notre Police nationale si utile et dont nous avons tant besoin.

Sihem Souid

A lire aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *