La politique de la palabre selon Eric Raoult

« Eric Raoult trouve  » logique et bienvenue  » la visite de Rama Yade auprès des squatteurs d’origine africaine. « que préfère-t-on: la matraque ou le dialogue ? interroge-t-il. En respectant la coutume des palabres, elle favorise l’apaisement » » Cette phrase négligemment écrite sans aucun commentaire pour conclure l’article d’un quotidien largement diffusé* a de quoi laisser pantois.

Pour le député Eric Raoult, il semble logique que la secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et aux droits de l’homme, Rama Yade, vienne visiter les « squatteurs » d’Aubervilliers. Tout aussi logique serait d’attendre la venue de Christine Boutin, ministre de la cohésion sociale et du logement. Certes, on peut penser que le dialogue est préférable à la matraque. Cependant, pourquoi trouver la venue de Rama Yade plus logique que celle de la ministre en exercice? Pourquoi évoquer la « coutume des palabres »? Serait-ce parce qu’aux yeux d’Eric Raoult, Rama Yade, répondant du coup au poncif « le sang appelle le sang », n’aurait pu s’empêcher, en voyant des «Noirs» expulsés d’intervenir, par solidarité ou processus d’identification. Tous les «Noirs» sont frères et soeurs c’est bien connu…

Viendrait-il à l’esprit de quiconque de trouver dans le moindre déplacement du Président de la République des explications liée à d’obscures coutumes hongroises ?

La secrétaire d’Etat est noire, les familles d’occupants aussi, Rama Yade, fait ainsi les frais d’une classe politique qui résume, une fois de plus, ses élus et ses administrés à leur couleur de peau et faisant fi de leurs réelles compétences. Cette phrase illustre parfaitement ce que des Français, «noirs», « arabes », « asiatiques » ont à supporter tous les jours, dans le silence de leur anonymat. La couleur de peau est toujours porteuse de fantasmes, ici l’énorme baobab sous lequel Rama s’est assise pour discuter autour du thé avec les hommes du village de squatteurs. Eric Raoult réduit Rama Yade à sa seule couleur de peau : elle n’est intervenue que parce qu’ils avaient la peau noire comme elle. La couleur de sa peau lui a donné les clés pour décoder le langage de ses semblables (probablement inintelligible pour des élus « blancs ») et l’a naturellement conduite à s’en remettre à une coutume ancestrale. Est-il nécessaire d’ajouter que Rama Yade a quitté le Sénégal à l’âge de huit ans, et n’a vraisemblablement jamais eu à perpétrer cette fameuse « coutume des palabres » célébrée par Raoult, si coutume il y a ?

Enfin, ce genre de propos n’est pas sans rappeler le discours du Président Sarkozy à Dakar, évoquant « le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. ». Les élus ravivent ainsi tous les stéréotypes qui entourent cet inénarrable « homme africain », En effet, ce dernier ne semble jamais dans l’action mais reste au contraire passif face aux événements, notamment du fait de son oisiveté ô combien légendaire.

C’est ainsi que la classe politique laisse se dérouler le fil des clichés et participe à sa diffusion dans la plus grande indifférence.

Palabre : n.f. ou n.m. (de l’esp. palabra, parole) 1. (surtout pl.) Péjoratif Discussion longue et oiseuse : Chaque décision donne lieu à d’interminables palabres (Larousse 2008)

* Le Parisien. Edition du 08 septembre 2007

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