La Voix des Héros

Le Nouvel Observateur s’interroge, à juste raison, dans son article du 14 février sur les discriminations au cinéma et notamment dans le doublage.

Les propos des agences de doublage rapportés par le magazine sont édifiants.
J’apprends avec stupeur qu’un noir est reconnaissable à sa voix et qu’il ne peut, du coup, doubler que des comédiens noirs, et, de façon anecdotique, des blancs! En revanche, le comédien blanc, voix « neutre », peut s’adapter et doubler tout le monde. Les voix diffèrent donc selon la couleur de peau. J’avais déjà entendu le jury d’une émission de télé réalité opposer la voix de style italien d’une candidate blanche à la voix « groovy et black » d’une candidate noire. Pourtant, Barbara Hendricks chante de l’opéra en italien.
Peut-on qualifier sa voix de « black »? De même, rien de distingue Harry Roselmack et Jean Pierre Pernaud si on ne regarde pas son écran de télévision. Peut-on alors dire que Pernaud a une voix de « black » puisqu’on pourrait les confondre tous les deux? Pour une directrice de doublage interrogée, « Le plus simple est de calquer les morphologies et les caractères des personnages originaux ». Quel intérêt de vouloir calquer des morphologies, qui n’apparaissent pas à l’écran, pour du doublage, si ce n’est pour clairement discriminer des comédiens?

Plus largement, ça laisse à penser que les comédiens noirs sont condamnés à jouer des personnages de noirs, comme si la couleur influait sur la texture de la voix et du jeu. Il paraît que le spectateur lambda a du mal à s’identifier. Mais comment fait la jeune fille noire pour pleurer devant Titanic à la mort de Jack si elle ne s’identifie qu’à ce qui lui ressemble? Si Jack avait été noir, un public blanc n’aurait-il pas été touché pour autant? A quoi bon être comédien si on est cantonné à un type de jeu ou un rôle qui ressemble à sa propre morphologie? Pas de surprise, pas d’audace du côté des productions comme devant son petit ou grand écran. Pourtant Cate Blanchett a récemment interprété Bob Dylan au cinéma. Elle n’a pourtant ni la même morphologie, ni les mêmes caractères. Peut-on rêver un jour d’un casting brouillant les pistes où , toutes distinctions confondues, les comédiens seront choisis selon leur talent à interpréter des situations universelles au risque de bousculer « la » fameuse ménagère de moins de cinquante ans?
Les Indivisibles remercient Le Nouvel Observateur d’avoir mené l’enquête sur ces discriminations.

Pour en savoir plus cliquez sur ce lien:
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2258/articles/a366518-.html

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