Le grand Raout !

Raout : cérémonie, réception, fête mondaine
Raoult (Eric) : député UMP de la 12e circonscription de la Seine Saint-Denis

Oui, Eric Raoult, éminent ministre de la ville qui ne l’oublions pas avait apostrophé en direct Joey Starr sur un plateau TV en lui demandant « ce qu’il faisait de ses thunes (sic) » et qui souhaitait l’an dernier déposer un projet de loi à l’Assemblée Nationale pour interdire le port du string aux collégiennes (re-sic), nous gratifie d’une sortie dont on se serait bien passée en ces temps durs pour l’identité nationale de notre pays.

En effet, dans une de ses sorties que l’on affectionne toujours, le célèbre maire UMP de la ville du Raincy demande au Ministre de la Culture de rappeler au « devoir de réserve » l’écrivain primée au dernier Goncourt pour son roman « Trois Femmes Puissantes » Marie Ndiaye.

C’est la fête !

Il indique entre autre que « le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l’image de notre pays. Les prises de position de Marie Ndiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu’elle trouve « cette France [de Sarkozy] monstrueuse », et d’ajouter « Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux », sont inacceptables. »

Petit rappel des faits. Marie Ndiaye en effet n’est pas née de la dernière pluie. Ecrivain précoce (13 ans), publiée à l’âge de 17 ans aux Editions de Minuit, elle est primée par le jury du Femina en 2001.
Enfin, derniers faits et non des moindres, sa pièce de théâtre « Papa doit manger » figure au répertoire de la Comédie-Française. Pour information, c’est la seule femme écrivain vivante à avoir cet honneur. Ca vous en dit long sur le personnage.

Malheureusement, ces (mé)-faits au vu de son CV fourni ont achevé de convaincre notre cher député de lui rappeler qu’elle devait faire allégeance à la mère Patrie.
En intimant à Frédéric Mitterrand (écrivain lui aussi) de rappeler à l’ordre la dernière lauréate du Goncourt 2009, il s’invite de façon non-dissimulée dans le débat initié par Eric Besson sur l’identité Nationale et le « Qu’est-ce qu’être Français ?».
Parce que finalement, est-ce qu’elle est bien française cette écrivaine noire, de père sénégalais et de mère française (de souche oserais-je ?).

De quel droit ose t-elle critiquer le Président de la République, son gouvernement, ses dirigeants et sa politique (notamment la politique visant à créer le Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale) ?
En clair, Eric Raoult souhaite que Marie Ndiaye soit un peu plus reconnaissante envers son pays « d’adoption ». Quelle ingrate doit-il penser.

Marie Ndiaye doit d’abord remercier la France, ses institutions, son système scolaire, la langue française, les maisons d’éditions, le vin, Platini… Car sans cela, point de carrière d’écrivaine (l’écriture sa passion), point de Goncourt, point de Femina, point de récompenses, point de vie (?).
On appelle cela un déni d’identité. On vous dénie le droit de porter un regard critique sur votre pays car on ne vous considère pas comme étant réellement de ce pays. Vous n’en avez pas les attributs (d’apparence), donc vous ne pouvez objectivement participer à la contradiction sur la politique de ce gouvernement. Si en plus vous ne résidez pas en France vous êtes foutu(e) !

Sous couvert de jouer les moralisateurs sur le devoir d’être Français, ou en clair d’être un « bon » Français, Eric Raoult nous rappelle juste que « certaines » personnes sont ici légitimes et d’autres pas. « Certaines » personnes peuvent se permettre la critique, d’autres non.

Quant au fait de demander à un ministre de la Culture de demander une mise au pas d’un écrivain, c’est de mémoire, du jamais vu. A situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. On ne débattra pas ici du soupçon de censure des passages suivants :

Il me semble que le droit d’expression, ne peut pas devenir un droit à l’insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu’elle représente. C’est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d’une plus grande exemplarité et responsabilité

Le « devoir de réserve » est le même pour Ramatoulaye Yade que pour Marie Ndiaye… tu te tais et tu restes, tu parles et tu te casses. Marie Ndiaye a choisit de partir.

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