Le traitement de l’info au Figaro ou comment écrire sur du vide

Quand on lit le titre de l’article du Figaro daté du 07 septembre 2007 intitulé « L’essor des gangs africains dominés par le vol et la violence », on s’attend à avoir de l’information. Chaque lecteur assidu et attentif, dont je me targue de faire partie, s’impatiente de lire les indices de la hausse, de scruter les chiffres, d’analyser les pourcentages à l’aide d’explications sociologiques afin de mesurer scientifiquement l’étendue du phénomène. Rien. Pas un seul chiffre à se mettre sous la dent pour combler notre appétit d’information.

Je lis aussi dans le titre que les sujets de l’article sont les gangs africains. Opèrent-ils au Kenya, dans le désert marocain, dans la mégalopole de Lagos ou dans la campagne ivoirienne ? Apparemment non, je me trompe complètement. Ils officient à Paris, jugés par la 23ème chambre correctionnelle de Paris. Qu’est-ce qui justifie le qualificatif « africain » alors, puisque ça se passe à Paris ? Le journaliste a, comme tout bon journaliste, vraisemblablement vérifié ses dires : Il écrit : « Ils sont, dans leur écrasante majorité d’Afrique noire » . Cela suffit. A t-il vérifié toutes les cartes d’identité ou s’est-il contenté de désigner, de façon implicite, leur couleur de peau pour en déduire leur origine ? C’est vrai qu’il semble être entendu partout qu’un noir est forcément d’Afrique noire et je remercie le journaliste de placer cet a priori sous le sceau imparable de l’information. On ne peut-être noir et français à la fois, c’est bien connu.

Il y en a bien un, « débarqué du Sénégal à l’âge de cinq ans », peut-être aujourd’hui est-il français d’ailleurs, qui sert d’argument au journaliste pour généraliser et faire croire qu’il relate des faits.

Encore une fois, il est dommageable que sous couvert de donner des informations et il n’en donne aucune dans cet article, un journal national tel que Le Figaro en profite pour stigmatiser une population et aussi (est ce vraiment utile dans un article sur des gangs « africains » ?)une musique, le rap, auquel la violence, souvent à tort, est associée. Finalement, deux phrases auraient suffi à l’article et elles ne sont même pas du journaliste, mais des renseignements généraux. « Elle compte une quarantaine d’individus des Hauts de Seine , des Yvelines et du Val d’Oise, notent les renseignements généraux. Ils sont auteurs de vols avec violences ou de vols dans les commerces. Par volonté hégémonique, ils se déplacent et s’affrontent avec d’autres groupes à risques, notamment celui de la gare du Nord. »

Ce serait certainement trop demander au journal de poser les bases d’une réflexion socio-économique sur le sujet. N’oublions pas le mariage de Figaro avec les élites politiques et financières du pays !

Je félicite donc le Figaro pour leur amalgame consternant, confondre information et propagande pour des idées d’extrême droite, car d’information, ici, il n’est nullement question.

Pour en savoir plus cliquez sur ce lien :
http://www.lefigaro.fr/france/20070907.FIG000000283_l_essor_des_gangs_africains_domines_par_le_vol_et_la_violence.html

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