Les Indivisibles répondent à Sophia Aram !!

Chère Sophia Aram,

Tout d’abord, permettez-moi de vous dire que c’est avec un plaisir non dissimulé que nous prenons la peine de vous répondre. En effet, vous êtes pour nous tous-tes “Indivisibles” une source d’inspiration qui (essaye de) lutte(r) avec humour et ironie contre le racisme et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française des Français non-Blancs.

Du calme, n’ayez crainte Sophia, nous reprenons les termes “Blanc”, “Noir”, “Arabe” par exemple comme les catégories sociopolitiques construites par l’Histoire et non comme de véritables appartenances ethniques. N’y voyez aucune volonté de notre part d’ethniciser les rapports sociaux, juste une réalité qui vise à reconnaitre que les races sont construites socialement. Pas très marrant je vous l’accorde, mais on aime distiller notre savoir avec parcimonie afin de ne pas complètement passer pour de grosses buses.
Le simple fait de lire une humoriste de votre trempe prendre la plume pour répondre à la cérémonie parodique qui prime d’une banane dorée les pires propos empreints de préjugés est une sorte de consécration pour nous. Mais que se passe-t-il ? Le retour de la police humoristique ou quoi ? On a franchi la limite dans le politiquement correct en récompensant une figure de la gauche?
En tout cas, nous qui fêtons notre cinquième anniversaire, vous nous offrez là un beau cadeau : Merci !

En s’attaquant et en se positionnant dès le départ contre la multiplication de propos xénophobes et/ou racistes tenus dans l’espace public, médiatique et politique, nous avons naïvement cru que notre combat serait rapidement terminé quelques années après la création de notre mouvement en 2007 ! C’était sans compter sur les multirécidivistes de la parole raciste, sans compter sur les clichés toujours plus nombreux envers une certaine catégorie de personnes, sans compter sur la droitisation du discours politique et ses relais médiatiques, vous n’êtes pas sans le savoir vous qui avez bien moqué les électeurs du Front National dans une chronique qui nous a tant fait rire. On se la repasse en boucle des fois qu’on en oublierait nos fondamentaux.
Les Indivisibles se sont créés sans prétention, sans moyens, sans fonds, juste la volonté de quelques amis de changer la donne sans passer pour des donneurs de leçons. Pour pouvoir exprimer une exaspération dans la répétition et la stigmatisation des mêmes citoyens, pour montrer que des Français quelle que soit leur apparence physique, origine géographique, obédience religieuse refusaient d’être opposés les uns aux autres.
Aujourd’hui, cette association créée en 2007 compte près de 300 membres tous bé-né-voles (rien à voir avec SOS Racisme), a rédigé près de 170 articles consultables sur son site internet (oui, on sait écrire), recensé plus de 1 500 propos compilés contrevenant à notre Charte, tenus dans les médias par les personnalités publiques et organisé des happenings pour protester – comme récemment – contre les contrôles policiers au faciès par exemple.

Nous ne parvenons donc pas à comprendre comment avec si peu de moyens nous avons fait tant de bruit que vous avez décidé d’entrer dans la danse. Il y a là comme un léger problème, non ? À choisir, j’aurais préféré Stéphane Guillon…
Rassurez-vous, comme vous l’avez écrit “Le racisme est une chose trop sérieuse pour être laissée à des amateurs”. Nous revendiquons et assumons le statut d’amateurs dans la lutte antiraciste – contrairement à certains de vos signataires? – cet amateurisme qui nous oblige à travailler d’abord et à militer ensuite, histoire que nous ne soyons pas tentés de “voir du racisme partout car c’est ce qui nous fait vivre” !
En 2009, surfant toujours sur la vague de l’humour et de l’ironie, nous avons franchi un cap en créant les Y’A Bon Awards !  Quitte à se fâcher avec le tout-Paris journalistico-politico-médiatico-antiraciste, autant y aller franco et le faire avec classe.
Qu’ils soient journalistes, personnalités politiques, artistes, écrivain-e-s  et autres « people », les Indivisibles se sont donné pour mission de traquer et récompenser d’une banane leurs pires “dérapages” racistes (c’est comme cela qu’on les appelle en 2012). Une sorte de thérapie par le rire de trublions inconscients ayant osé s’attaquer tour à tour à Éric Zemmour, Claude Guéant, Christophe Barbier, Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux (facile), etc.,  la liste n’étant pas exhaustive. Vous auriez pu vous même attribuer ce prix puisque, lorsque nous vous avons contactée en 2011 pour faire partie du jury, c’est la seule raison de votre emploi du temps trop chargé du moment qui vous a fait décliner notre proposition.

La vérité Sophia, c’est que nous n’avons pas demandé l’autorisation de penser ce que nous pensons et de faire ce que nous faisons à ceux qui se sont arrogés l’exclusivité de cette lutte. Non, nous sommes venus sans vouloir distinguer le dérapage du propos raciste. Sans vouloir ménager les susceptibilités des un-e-s et des autres, sans donner un gage ou un passe-droit à celles et ceux qui peuvent montrer des signes d’intérêt pour notre combat. Il ne suffit pas de se dire anti-raciste et de se draper de ses plus beaux atours pour éviter d’être dans la caricature, le mensonge ou le racisme. Nous sommes tous porteurs de préjugés et le fait de faire partie d’une minorité ethno-raciale n’exonère en rien d’une nomination aux Y’A Bons Awards, soyez-en assurée (Fadéla Amara lauréate en 2010 ne vous dira pas le contraire)!
Il n’en reste pas moins qu’une élite de gauche s’attribuant sans cesse des brevets d’honorabilité antiraciste, se montre particulièrement gênée lorsque les opprimés (ou non), les cibles récurrentes des préjugés ethnico-racistes (ou non) définissent par eux-mêmes les moyens de leur lutte.
Quelle bande d’ingrats ces amateurs, ils viennent nous phagocyter notre business et en plus nous donner la leçon ?

Aucune reconnaissance pour tout le mal que vous vous donnez afin de nous préserver du racisme, vous les modérés, les empêcheurs de toucher à nos potes (incapables de se défendre eux-mêmes), les raisonnables, les « sachants », les professionnels quoi !
Ce temps est désormais révolu. Les subalternes peuvent parler, et récompenser comme bon leur semblent des bananes d’or aux propos les plus caricaturaux, racistes, quitte à déplaire à celles et ceux qui s’en croyaient exempts. Notre plus grande fierté finalement est de voir qu’une simple cérémonie parodique créée par des bénévoles sans moyens nous permet de vous répondre, à vous, l’humoriste, la reine du contre-pied, sur un sujet qui traite de ce que nous avons tous subi. La boucle est bouclée et finalement notre stratégie de vaincre le racisme par le rire s’avère payante car imaginez si nous avions un instant voulu nous prendre au sérieux…
Des bises (ainsi qu’à Tania de Montaigne, jurée de l’édition 2010).

Gilles Sokoudjou  – Ingénieur, président de l’association « Les Indivisibles » et Les Indivisibles (enseignants, travailleurs sociaux, bibliothécaires, journalistes, chefs d’entreprise, parents d’élève, intérimaires, étudiants, chômeurs, intermittents, …).

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1 Réponse

  1. fatiha kheddaoui dit :

    excellent, rafraichissant…je decouvre, vivant loin, aux US (meme si produit de l’immigration) votre association, apres avoir ecouté sur France Info l’interview de votre fondatrice…Tristement, nous, la sous-classe expatriés regardons avec tristesse cette France finalement raciste mais en fait ceci est completement accepté par tous. Nous (la sous-classe expatriés) faisons le meme constat: que les progres pour une France indivisble restent å faire…car delit de facies ne devrait plus exister surtout lorsqu’on peut comparer…emais bon cela reste le pays ou il y a la famille.

    Bravos aux amateurs…on les français d’origines x vous trouvent tres pros.

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