Les Indivisibles soutiennent le groupe Neutralité

Les Indivisibles soutiennent l’initiative du groupe Neutralité contre la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public français.

Il ne peut-être toléré qu’au nom de la liberté, on force des personnes à adopter une vision unique de la liberté, (comme on souhaiterait définir UNE identité nationale). Le propre de la liberté, c’est de pouvoir la définir soi-même, sans l’aide de l’Etat. Chaque citoyen est fondé à considérer que telle ou telle pratique, port d’une mini-jupe ou d’un voile intégral, est aliénante ou au contraire, signe d’émancipation. La liberté d’opinion n’accepte aucune limite, mais en revanche, l’expression des opinions est encadré : l’insulte est prohibée, en particulier si elle est adressée de manière publique à un groupe ou d’une façon générale ; la contrainte est également interdite, et nul ne peut contraindre un tiers à se comporter selon ses propres valeurs. Seul l’état le peut, mais en démocratie, il ne peut s’agir que de mesures exceptionnelles, justifiées par une atteinte grave à l’ordre public.
Le port du voile intégral, quant à lui, ne fait pas peser sur la société française une menace d’écroulement, l’État n’est donc pas légitime à l’interdire.

Nos gouvernants considèrent que le voile intégral porte atteinte à la dignité des femmes ; c’est leur droit le plus strict, et rien ne leur interdit de tenter de convaincre les femmes en question de retirer ce voile. Mais quel État démocratique pourrait imposer sa vision de la dignité autrement que par le dialogue raisonnable. Serait-ce par la contrainte, niant ainsi le principe même qu’il prétend défendre ? Le principe de dignité humaine a à l’inverse vocation à lutter contre les contraintes imposées par exemple aux femmes kidnappées dans leurs pays natal pour être prostituées dans nos villes, ou à protéger les enfants des sévices et contraintes que des adultes pourraient leur faire subir. La dignité n’est pas une norme de comportement que l’État démocratique peut imposer : c’est un rempart qui protège l’individu en situation de faiblesses contre les abus, notamment ceux venant de l’État.

Quant à l’argument de la libération de la femme, rappelons-nous que le terme burqa est afghan et que la lutte contre la burqa a servi en 2001 à légitimer l’invasion et l’occupation de l’Afghanistan. Les femmes n’en sont pas sorties libérées, bien au contraire, nombreuses celles qui ont péri ou ont vu périr leurs enfants ou époux, ou ont été contraintes de quitter leur pays et de se réfugier essentiellement dans les pays voisins.

Rappelons dans un second temps, que les luttes des féministes ont consisté à réclamer le droit à disposer librement de son propre corps, et non pas déléguer cette responsabilité à l’Etat.

Est-ce que l’Etat va légiférer pour les pantalons baggies permettant d’apprécier le postérieur de ces jeunes hommes en général, et leurs caleçons fleuris en particulier, sous prétexte de décence ?
Ou bien sur la tenue des gothiques, tout de noir vêtus, parce que le noir, ça déprime? Chacun est libre de définir ce qu’est pour lui sa dignité, et la liberté, chacun est libre d’en jouir ou non : c’est une liberté !

Ce gouvernement a choisi de prendre une loi pour 2000 femmes portant le voile intégral, alors qu’au moins 1 914 540 Français (chiffres CGT de la manifestation du 24 juin) souffrent de tout autre chose que de voir des femmes habillées. Est-ce bien raisonnable ? Allons, un peu de sérieux. Les Indivisibles espèrent que le gouvernement mettra autant de diligence à légiférer sur les véritables problèmes. Est ce nécessaire de les énumérer. La liste des chantiers ne sera de toutes façons pas exhaustive: racisme, chômage, retraites, précarité, disparités sociales, mal logement, disparités hommes femmes entre autres…

Alors qu’une part non négligeable de la population française subit des discriminations ethnoraciales massives dans l’emploi ou le logement, est-il judicieux de voter une enième loi discriminatoire ?

Comme l’habit ne fait pas le moine, enfiler un niqab, ne signifie en rien qu’on est en guerre contre les valeurs de la République dont se glossent d’inérrables députés, membre de la commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national. Membres dont plusieurs, Lionel Luca, Thierry Mariani, Jacques Myard et André Gérin en tête sont connus et reconnus pour leur propos, et positions politiques, sexistes, racistes ou homophobes.

Pour les indivisibles, une chose est claire : l’enjeu de ce débat, c’est aussi de savoir si tous les Français sont égaux. Ce n’est pas parce qu’on est musulman, d’origine maghrébine, ou encore Noir que nos opinions sont moins légitimes. La France n’est pas une culture figée, définie par le passé et pour l’avenir. La ville lumière ne prétend-t-elle pas être le lieu de l’innovation culturelle permanente ? La France a bien une histoire, quoiqu’il serait utile de la revisiter. Et de cette histoire est née une vision actuellement dominante de concepts comme celui de dignité ou à propos de la visibilité du phénomène religieux. Mais, ces visions dominantes sont par nature éphémères, et chaque génération a le droit de tout redéfinir, dans le débat et dans le respect de chacun, sans contrainte. Tous les citoyens sont appelés à participer à ce processus permanent. Tous, même les musulmans, les Maghrébins et les Noirs. La France n’est pas une personne : elle n’est que ce qu’en font, librement, ceux qui la composent. Ce qui motive cette loi, au fond, n’est pas de libérer 2000 femmes, mais bien de contenter ceux qui rêvent de pureté raciale ou culturelle, ceux qui refusent ce constat simple : la France change ; ce n’est d’ailleurs pas nouveau : elle a toujours changé.

Enfin, comme le rappelle dans sa circulaire le groupe de travail Neutralité, la loi prévoit déjà tout ce qui est nécessaire :

Eu égard aux nécessités d’assurer la sécurité publique et de préserver l’ordre public, l’article 15 de la loi n°99-291 du 15 avril 1999 relative aux polices municipales permet aux officiers de police judiciaire et, sur l’ordre et sous la responsabilité de ceux-ci, aux agents de police judiciaire et agents de police judiciaire adjoints de procéder à l’identification des personnes qui, en raison de leur conviction philosophique ou religieuse, portent une tenue vestimentaire qui cache entièrement ou partiellement leur visage.

Par ailleurs, conformément à l’article 15 de la loi, toute personne portant une tenue vestimentaire qui cache entièrement ou partiellement son visage et qui refuse, pour les besoins de son identification, de le découvrir, peut être soumise aux mêmes contraintes que toutes les autres personnes refusant ou étant dans l’impossibilité de faire la preuve de leur identité. En l’espèce, la procédure prévue au même article trouve également à s’appliquer.

Pour toutes ces raisons, Les Indivisibles appellent à signer la proposition de circulaire du groupe Neutralité dont voici le lien :
http://www.neutralite.fr/proposition-de-circulaire/

Pour en savoir plus cliquez sur ces liens :
http://www.neutralite.fr/proposition-de-circulaire/

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