Lettre à Benoît (Hamon)

Tu as répondu à notre invitation en venant le 23 mai dernier, à la cérémonie parodique des Y’a Bon Awards et nous en sommes ravis : nous souhaitions que des responsables politiques assistent à cette cérémonie, afin de les interpeller et d’engager avec eux un débat sur des bases égales.

Non que Les Indivisibles souhaitent se substituer aux partis ou aux responsables politiques, ni même que nous pensons avoir à nous seuls dans la société française une audience gigantesque ; mais le mouvement antiraciste, dans sa diversité de positions et de modalités d’action, a trop souvent été maltraité par les dirigeants politiques. L’hostilité à droite, qui nous dépeint — à l’image de « l’immigré » — comme des anti-français aspirateurs de subventions (allocations…) n’est pas pire que l’attitude à gauche, jouant à nous diviser et nous instrumentaliser selon les besoins électoraux, avec des réflexes qui fleurent bon les colonies.

Le ton ici employé peut te sembler ferme ; c’est que notre vigilance à l’égard des responsables politiques est à l’image de la défiance envers les partis de tous ceux que nous défendons. Les indivisibles n’ont pas pour projet de ramener les Noirs et les Arabes dans le droit chemin de la démocratie représentative et de la gauche, qui depuis des décennies a laissé les inégalités, les discriminations, les stigmatisations s’aggraver… quand elle n’y a pas contribué ! Et c’est là le sujet de cette lettre. Si nous comptons tout faire pour que l’an prochain, tous les responsables politiques se bousculent à l’entrée, ce n’est pas pour organiser une soirée mondaine, mais pour imposer nos combats. Nous avons donc quelques questions pour toi, que voici :

Pouvons-nous considérer que ta venue est une marque de soutien de ta part de nos prises de position ? En particulier, pouvons-nous désormais compter sur toi pour dénoncer l’islamophobie qui se cache derrière la défense d’une laïcité de coercition et à cible unique et derrière des discours pseudo-féministes qui oublient que les violences sexistes concernent toute la société ((Nous nous souvenons de ton intervention sur la laïcité sur BFM TV en décembre 2010. N’étais-tu pas alors volontairement équivoque, peut-être afin de plaire aux islamophobes sans te mettre à dos les musulmans ? « Il n’est pas normal aujourd’hui que dans l’espace public, il puisse y avoir des prières et qu’il faut avoir une réponse: ce qui relève de la foi doit se faire dans une enceinte qui est une enceinte privée qu’il faut séparer la foi, comment dire l’exercice de sa foi et l’espace public. De la même manière, aucune religion ne doit interférer dans le fait de rédiger, faire et voter la Loi. Dans cette frontière là, c’est la gauche qui a toujours préservé cela. […] Ce sont des situations qui ne sont pas tolérables beaucoup plus longtemps. D’abord il y a une situation de tension avec les riverains et qu’il faut trouver des solutions. Alors est-ce que ça passe de suite par le bâton, l’interdiction. (Bourdin: il ne s’agit pas de taper sur les musulmans) C’est ce que pensent certains. Il faut arriver à une discussion et une négociation avec un calendrier, un échéancier pour trouver des solutions en termes d’espace dans lesquels les fidèles peuvent exercer leur culte mais à un moment aussi pour libérer aussi l’espace public. Il n’y a aucune raison à un moment.que la laïcité ne soit pas partout garantie. »))

Allons-nous désormais t’entendre lorsque des dirigeants socialistes participent à la diffusion du racisme, à propos d’équipe de foot, de « blanco » ou du « communautarisme islamiste » qui expliquerait que des musulmans jubilent de prier dans la rue et sous la pluie, pour… on ne sait trop quelle raison, sinon que ce sont des fanatiques aux raisons obscures et forcément problématiques ? Vas-tu mener, au sein de ton propre parti, les clarifications nécessaires à l’élimination du racisme qui y est monnaie courante ? Car l’absence cette année de lauréats socialistes aux YBA ne doit pas être interprétée comme un brevet antiraciste collectif : tu l’as vu, nous n’oublions pas G. Frêche, M. Valls, C. Rebsamen et sa guerre contre les quartiers, C. Dillain et son “vrai problème avec les petits Africains”… ni certaines de tes propres déclarations des prières de rues au hamburger laïc…

Nous attendons donc maintenant de ta part des preuves, et des choix. Nous dénoncerons, pour notre part, tous ceux qui voudront ménager la chèvre et le chou. Nous exigeons des choix radicalement antiracistes, et nous pensons que des millions de citoyens les exigent avec nous. Qu’as-tu retenu des Ya Bon Awards ?

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