Malika Sorel et la « souche culturelle européenne » : Un gros mot dans les hauts conseils à l’intégration

LE FIGARO. – Comment jugez-vous les recommandations de ce rapport ?

 

Malika SOREL-SUTTER. – Elles sont fidèles à la commande de Matignon, qui avait adressé une lettre de cadrage très claire aux ministres concernés. La rupture avec l’héritage du peuple français est pleinement assumée. Rien n’est laissé au hasard, comme en témoignent les recommandations qui détaillent les modalités de la rééducation des masses. Il faut traquer les Français de souche culturelle européenne et leur propension à discriminer l’autre, en mettant sur pied de nouvelles institutions, ainsi qu’une multitude de mesures dignes d’une véritable police de la pensée. Même la langue française voit sa suprématie contestée! À aucun moment on ne trouve l’expression d’une quelconque reconnaissance de dette pour tout ce que la France a pu donner aux étrangers extra-européens et à leurs enfants. Le nombre de fois où apparaît le mot «devoir» est révélateur de l’esprit du texte: 13 fois seulement, tandis que le mot «droit» est cité 440 fois!

Le Figaro, 12 décembre 2013

En France, quand on se sent un peu paumé dans son intégration, on a des experts. Ex-haute conseillère à l’intégration, et spécialiste en langage de vérité en matière d’immigration, Malika Sorel nous aura prévenu : dans l’arrière-cuisine de Matignon, un dossier complet de rapports complots mijotent secrètement la « traque » aux « Français de souche culturelle européenne et leur propension à discriminer ». Cette tambouille inquiétante en cours de préparation servirait la soupe pour les « étrangers extra-européens » et  leurs enfants qui ne savent pas dire merci à la France. Malika Sorel a compté les mots droits et devoirs et lorsqu’on divise le premier par le deuxième, ça fait 33 et des brouettes. 33, c’est exactement le même chiffre que le médecin vous demande de prononcer quand vous êtes malade et je ne crois pas aux coïncidences.

 

Mais, dites-moi, madame Sorel, qu’entendez-vous par « Français de souche culturelle européenne ? ». Dans quel texte constitutionnel, héritage du peuple français s’il en est, avez-vous pu trouver une telle référence ? A-t-elle seulement un sens ? Vous qui parlez sans rire de police de la pensée, pourriez-vous nous dire quelles images vous traversent lorsque vous employez une telle expression ? A qui pourrait s’appliquer cette catégorisation ? Et qui en est exclu ? Comment les reconnaît-on, ces Français-là ? A leurs branches, à leurs écorces, à leurs racines ? A leurs feuilles ou à leurs glands ? Et qui en serait le jardinier ?

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Et… dites-moi, madame Sorel, pourquoi semblez-vous aussi dérangée à l’idée d’éduquer contre les discriminations ce digne peuple, à l’arbre généalogique touffu de devoirs et de droits ? Cette volonté là n’est-elle pas une digne descendante de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui proclame en son article premier : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». En voilà un beau feuillage de l’arbre de la liberté, n’est-ce pas, madame l’ex-conseillère en intégration ?

 

Pensez-vous, madame Sorel, que la distinction entre « Français de souche culturelle européenne » et  enfants d’ « étrangers extra-européens » puisse avoir une quelconque utilité commune ? Si oui, pour quoi faire ? Si non, pourquoi employez-vous de telles distinctions, dont la subtilité n’échappe à personne ? Vous qui semblez experte en comptabilité comparée des droits et des devoirs, vous ressentez-vous le devoir de le faire ? Car ces catégories-là ne sont pas fondées en droit, madame Sorel. Vous devriez tout de même le savoir.

 

C’est pourquoi je suis désolé de prendre le droit de vous dire, avec tout le respect que je vous dois, que les catégories de pensée que je relève dans ces propos me paraissent d’emblée un  petit peu raciste. Distinguer des Français en fonction de leur « souche culturelle européenne » ou de la nationalité de leurs parents dans un discours qui porte sur les droits et les devoirs des citoyens, c’est un petit peu beaucoup raciste. Parce que c’est une forme de contrôle par la « souche culturelle européenne » de la légitimité de nos concitoyens. C’est d’ailleurs exactement avec des catégories de pensée comme celles là que se produisent et se reproduisent quotidiennement de multiples discriminations subies par nos concitoyens enfants d’ « étrangers extra-européens », Français comme vous et moi, exactement comme vous et moi, avec exactement le même nombre de droits et de devoirs que vous et moi.

 

C’est pourquoi je vais me permettre de proposer votre discours pour la prochaine cérémonie des Y a Bon Awards. Il me semble adapté pour décorer notre bananier pluriannuel. Vos propos rencontreront d’autres sérieux compétiteurs puisqu’en matière de racisme ordinaire, nous assistons actuellement à un certain renouvellement des gros mots. J’ai d’ailleurs une hypothèse sur ce renouvellement du vocabulaire. C’est que les discours racistes ou très racistes, madame Sorel, on n’a pas le droit, ni vous, ni moi, ni aucun autre de nos concitoyens. Ça fait partie de l’héritage, des branches de l’arbre de la liberté. Il est vrai qu’il reste, dans ce cas de figure, la possibilité de tenir des discours un petit peu racistes. Des discours un peu limite. Des discours racistes borderline. Malheureusement pour vous, ces contorsions font de moins en moins illusion. Parce que nombre de nos concitoyens discriminés en raison de la couleur de leur écorce, du nom de leur branche ou de leurs choix de feuillages, abonnés contre leur gré aux remarques racistes, ont développé une véritable expertise en matière de cueillette de pétales racistes, qu’ils le soient un peu, beaucoup, passionnément, ou à la folie.

 

De mon point de vue, utiliser le terme « souche culturelle européenne », en matière de pétale raciste, c’est de l’ordre du « un peu beaucoup ». A la taverne, ça peut passer comme gauloiserie. Disons que c’est culturel. Mais sur la place du village, madame Sorel, de tels propos, si vous les employez aussi régulièrement, vous pourriez donner l’impression d’offrir un bouquet à ceux qui aiment le racisme un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Comme une souche qui voudrait cacher la forêt…

 

 

 Briac Chauvel pour les Indivisibles

 

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1 Réponse

  1. Alain dit :

    Avez-vous lu les rapports remis à JM Ayrault à propos de l’intégration ?
    Si oui, vous apprendrez que la France a un nouveau visage: celui des banlieues populaires.

    Un peu réducteur, non ?

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