Marie…Claire, tout un programme !

Dans son dossier, le magazine Marie-Claire a le mérite de se poser de bonnes questions : la mode est-elle raciste ? * Essayant de comprendre pourquoi la majorité des visages qu’on voit dans la mode et la pub sont blancs, il propose quelques réponses :

1 : Une question de goût ! Les agences font surtout travailler des mannequins blancs (le mot est masculin) du fait du nombre insuffisant de candidates non-« blanches »! Sans autre développement, on comprend ainsi qu’un obscur hasard détournerait les femmes noires de la mode. Ce même hasard expliquerait un phénomène d’attraction entre les fesses masculines et les sièges du Parlement, le faible goût des personnes handicapées pour le travail, ou encore le goût prononcé des RMIstes pour les pâtes au beurre…

2 : Dans l’univers de la mode, la diversité, ce serait un créneau déjà occupé par Benetton ! L’Ethique et la Justice n’auraient donc rien à voir dans cette question, nous rassurent les nombreuses marques qui ont choisi la « ligne » discriminatoire…

3 : La faute aux « Noires » s’il y a du racisme dans la mode, nous explique une directrice d’agence. Elle déclare : « On a plus de mal à trouver de très belles Blacks avec une peau uniforme : leur peau est souvent marquée par des vaccins mal faits ou des piqûres d’insectes… Leurs cheveux sont difficiles à coiffer. Les « fesses des Noires » ne sont pas adaptées aux coupes de vêtements. Et puis, le nez négroïde, ce n’est pas toujours joli en photo» Cette directrice (courageusement anonyme), dont on ne sait pas si elle parle de son expérience des castings ou d’une mission pour MSF, nous apprend que les femmes noires de France seraient mystérieusement attaquées par des nuées de moustiques et seraient prises en charge par une médecine parallèle… On se demande si ce qui est inadapté n’est pas surtout le cerveau de taille XXS de cette directrice, plutôt que les « fesses des noires ».

4 : La faute au public de consommateurs ! Car il ne se reconnaîtrait pas dans des modèles différents de lui par la couleur. On appellerait ce phénomène, l’effet miroir (dis moi qui est la plus belle !). Les agences, comprenant la « demande » du public, feraient appel à des mannequins « bon-teint ». Il est donc demandé aux nombreuses personnes non-« blanches » qui se comptent parmi les 60 millions de consommateurs de faire leur « besoin d’identification » dans les toilettes et de se « torcher » avec les pages des magazines.

5 : La Norme universelle expliquerait, d’après une directrice de casting chez Elite et un psy, que la blondeur est une valeur immuable et universelle. Elle serait un critère de beauté idéale forgé dans l’enfance. Convaincus qu’il est plus commode d’ériger sa croyance en Vérité que de reconnaître que sa profession et certains de ses schémas de pensée se sont construits sur l’exclusion de la majorité de la population mondiale, nous pouvons ajouter l’argument qu’Eve était blonde (on aurait retrouvé un de ses cheveux accroché à la branche du plus vieux pommier terrestre).

6 : On observe des améliorations ! (Traduction : arrêtez de vous plaindre !) Les mannequins non –« blancs » sont bien (voire hégémoniquement) représentés dans la promotion de certains produits et dans les sujets « ethniques ». Comme le magazine n’est pas plus précis, on a deviné ce qu’est l’ « ethnique »: le chocolat, le sportswear et les supports musicaux. Ex : si pour faire la promo d’une barre chocolatée, on veut une personne en survêtement jouant du basket sur un fond de musique funky-groovy-boogy-dance. Hommes et Femmes noirs de France, la pub wants you !

Pour ajouter une touche de rose sur cette réalité bien pâle, Marie-Claire clôt son dossier sur la promesse d’un avenir meilleur. Le mag attend un sauveur du côté de la cosmétique qui mettra en avant dans un avenir proche des personnes au faciès extra-européen pour la promotion des produits « ethniques ». (Définition du Larousse et Lablonde 2007 : Shampooings pour cheveux secs et autres défrisants qui rapprochent de l’universel.) Attention, toutefois à ne pas se réjouir trop vite ! Les mondes de la mode, de la cosmétique et de la pub intronisent Noémie Lenoir comme la « Noire » qui a réussi. Belle parce que claire de peau…. c’est dire le chemin qui reste à parcourir. Il leur faudra fournir beaucoup plus qu’ « un petit effort » !

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http://www.marieclaire.fr/mcl/1229-psycho_societe/1237-phenomenes_de_societe/194864-mode-racisme-discrimination/

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