Mode d’emploi pour exploiter la diversité « à donf »

Décidément, la majorité a trouvé un bon moyen de rentabiliser la « diversité » du gouvernement. Et on peut dire que les ministres concernés l’y aident bien en jouant la carte différentialiste « à donf » comme le dirait Fadela Amara.

En visite officielle à Haïti les 14 et 15 septembre, Rama Yade ne cache pas l’un des buts de sa mission : Nicolas Sarkozy a vivement encouragé son déplacement, afin qu’elle puisse « présenter (aux Haïtiens) le nouveau visage de la France. Cette France diverse, dont vous Haïtiens aviez rêvée » (comprendre montrer un visage noir aux Haïtiens de la même couleur). Dans son discours adressé au public haïtien, la secrétaire d’Etat confesse : « quand je vois vos visages, quand je foule ce sol, il se passe quelque chose. Quelque chose de différent que lorsque je suis en Moldavie ou en Algérie. ». On la croit sur parole… Et qui dit « Noirs », dit Afrique – évidemment !-, poncif qu’elle ressuscite en poursuivant sa diatribe africaniste: « Il y a ici une part de l’Afrique où j’ai grandi et d’où vous êtes venus dans des conditions tragiques. J’aurais pu être haïtienne. Vous auriez pu être africains».* Rappelons qu’une semaine auparavant Rama Yade avait été saluée par le député UMP Eric Raoult pour avoir su, lors de sa visite auprès des squatteurs d’Aubervillers, mettre à profit sa connaissance de la « coutume des palabres » (!) présumée chère aux Africains…**

Quelques jours plus tôt à Paris, la secrétaire d’Etat Fadela Amara présentait son nouveau projet « anti-glandouille » dans un langage quelque peu étonnant pour une ministre quadragénaire. Dans le but d’être audible auprès d’une population censée ne s’exprimer que dans un français aléatoire, la ministre – qui n’arpente plus le bitume des cités depuis belle lurette – a exposé ses arguments en Conseil des Ministres en puisant dans un argot décapant. Loin d’être choqué, le Président de la République a vivement applaudi ce ton décalé en totale rupture avec le très conventionnel phrasé « énarque» auxquels les autres ministres l’ont habitué. Après tout, chacun sait « ces gens là » ne sont « pas comme nous » alors s’ils s’expriment dans leur dialecte pourquoi les en empêcher ?

En adressant un discours spécifiques à certaines populations et en puisant dans un registre de vocabulaire que l’imaginaire collectif attribue aux « jeunes de banlieues », les ministres de « l’ouverture », cautionnent les thèses différentialistes qui cantonnent les rares personnes non-Blanches présentes au gouvernement à leur rôle de « pas comme les autres ». Les Indivisibles condamnent cette instrumentalisation de « la diversité » et invite la classe politique à cesser de reléguer les « Noirs » et les « Arabes » à des rôles de pièces rapportées exotiques.

* Discours prononcé le 15 septembre 2007 à Port-au-Prince, 15 septembre ** Le Parisien, 08/09/07

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