Ordinaire

J’ai fait connaissance avec Les Indivisibles grâce à France Inter : une bouffée d’air et un flash back de scènes ordinaires.
Côté pedigree, mes parents sont venus de Pologne en 1955, je suis née à Paris 14ème, une vraie Titi !
Donc blanche, jamais contrôlée pour délit de sale gueule mais …
J’ai un grand nez, et polonaise donc juive. Ben non pas juive … ok, donc, anti-juifs.
Polonaise = travailleuse / grande = sportive / parents artistes = intellectuelle / intellectuelle = pas pauvre(!)
J’ai passé les 20 premières années de ma vie à Bondy (9.3), dans une riante citée. De mon temps, on l’appelait « la zone », on était des zonards. Socialement, la crème était représentée par les 2 médecins, le pharmacien, les profs, les commerçants. Les ouvriers et les employés représentaient 90% de la population. Côté couleurs : majorité de blancs « de souche », du blanc divers, du maghreb, très peu de noirs, encore moins d’asiatiques et autres. Les plus détestés de l’époque, c’était les « romanichels », comme on disait.
Les gens étaient pauvres, nous aussi.
La différence, ça commence à l’école, tout petit.
Ta mère coud tes vêtements, t’es pas pareille.
Tu manges des trucs qu’on connaît pas, t’es pas pareille.
Tu écoutes Chopin, t’es pas pareille.
T’as un prénom unique alors qu’il y a 5 Isabelle, 6 Catherine et 4 Patricia dans la classe, t’es pas pareille.
La prof bute sur ton nom, t’es pas pareille.
Pendant les vacances, tu vas pas à la campagne dans ta famille. Ici, la famille, c’est nous 3, t’es pas pareille.
C’est facile de n’être « pas pareille » alors qu’enfant et ado, on souhaite surtout être comme tout le monde, d’être reconnu dans un groupe. J’ai donc vite compris que j’étais unique.
Au boulot, j’ai constaté que les arabes n’aimaient pas les noirs, que les noirs n’aimaient pas les jaunes, et vice et versa ! Que l’arabe des villes dénigre l’arabe du bled, que le noir plus clair est odieux avec le noir plus noir, le chinois est supérieur aux autres asiatiques, l’indien plus noble que le pakistanais, etc …
Dans ce quartier de Bondy, maintenant, les gens ne sont plus mélangés, le quartier a évolué en strates, des immeubles les plus pourris aux moins pourris : les asiatiques poussent les noirs qui poussent les arabes qui poussent les blancs toujours plus loin dans les banlieues périphériques.
Dans le bus, mon père dit « je suis la minorité visible ». Chez les commerçants, il a droit à des attitudes et des réflexions de la part des « autres », que d’ordinaire les blancs ont la réputation d’attribuer aux « autres ».
Mais la boucle n’est pas bouclée.
Il n’y a pas de frontière à la bêtise et à l’ignorance. Le racisme est universel, il n’y a pas de doute. C’est dans la nature humaine et c’est ce qui me consterne le plus.
Eduquer, mélanger, goûter.
Pour être attentif, il faut être réveillé. Pour aller vers l’autre, il faut savoir qui on est.
Eduquer, mélanger, goûter.

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