Un petit travers si médiatique

« Un policier tué à La Courneuve par un Sri-lankais », cette simple information émise le 23 février, qu’est-ce à dire ?
Un drame a eut lieu, aux circonstances encore très incertaines, et nos médias à l’unisson désignent les protagonistes l’un par sa fonction, l’autre par son origine. Ça passe comme une lettre à la poste et pourtant, quelle équation redoutable !
La fonction du premier explique la présence de l’arme du crime, oriente le cours de l’enquête et laisse présager une lourde peine pour le coupable mais quelle valeur informative peut prendre l’origine du second dans le raisonnement du quidam qui reçoit cette violente information ?
Comme très souvent, à ce stade très factuel de médiatisation, la mention de l’origine ne présente strictement aucun intérêt. Et réciproquement, la priorité donnée à la mention de l’origine nous signifie quelque chose. Un traitement neutre de l’information aurait indiqué les origines du présumé coupable dans l’article bien plus renseigné qui fait également état des origines vosgiennes de la victime mais pas avant.
Ce crime était-il donc raciste pour justifier cette mise en exergue d’une origine sri-lankaise ?
Les rares premières constatations indiquent que ce n’est absolument pas dans cette direction qu’il faut chercher.
Au delà de la simple maladresse du médiateur qui colporte sans une once d’esprit critique une information « de source policière » comme si elle était cruciale, posons nous la question sinon de la motivation patente du moins du contenu latent d’un tel message…
Cette mention si fréquemment inutile de l’origine nationale des personnes impliquées renforce l’imago du dangereux immigré. Elle nourrit une fois de plus la relation causale si banale et si néfaste qui associe la conduite délinquante et l’origine d’une personne. En définitive elle sert à stigmatiser l’étrangeté de l’étranger, à bannir symboliquement le démon qui menace l’intégrité de l’entre-soi.
L’innocent journaliste peut toujours s’en défendre, quel autre mobile ferait briller à ses yeux la nécessité de pointer les origines des personnes dont il parle sans que cela ne présente un quelconque avantage pour la compréhension des faits qu’il expose ?
Malheureusement, ce genre de discrète bavure journalistique œuvre vigoureusement pour l’épanouissement de la xénophobie ordinaire.

Raphaël Batoux pour les Indivisibles

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