Une prime à la « bonne intégration » (tribune publiée dans Libération)

En juillet 2008, Brice Hortefeux a remis pour la première fois le «Prix de l’intégration et du codéveloppement» créé par son ministère pour distinguer les personnes présentant un «parcours d’intégration réussi ».
L’arrêt donnant naissance au prix indique qu’il est destiné « à des personnes physiques ayant accompli un parcours personnel d’intégration ayant une valeur d’exemplarité (…) et (…) à des personnes physiques ou morales qui se sont illustrées pour favoriser des parcours d’intégration de personnes étrangères ou issues de l’immigration. ».
Parmi les quatorze lauréats, figuraient pêle-mêle le créateur d’un restaurant gastronomique, un homme «écrivant parfaitement le français»(!), une aide soignante mère d’une famille nombreuse ainsi qu’un chirurgien vivant en France depuis près d’un quart de siècle.

Outre l’hypocrisie visant à distinguer quelques immigrés alors qu’il a parallèlement pour objectif d’en reconduire chaque année 25000 à l’extérieur du territoire français, le Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire amalgame étrangers et Français d’origine étrangère en les présumant d’office non-intégrés… charge à eux de prouver le contraire !
On est en droit de se demander ce que couvre la désignation « issus de l’immigration » : à partir de combien de générations, est-on considéré comme un vrai Français issu-de-rien-du tout? Est-ce que le Président de la République, fils d’immigrés, dont l’intégration exemplaire lui a permis de conquérir la magistrature suprême pourra prétendre au prix de l’intégration ?

La création de ce prix, officialise la distinction de deux catégories de citoyens: les vrais Français dont la généalogie rend indubitable leur bonne intégration et ceux dont l’ascendance étrangère laisse planer de sérieux doutes quant à la légitimité de leur présence sur le sol français. Ceux-là doivent démontrer qu’ils ont fait des efforts pour mériter d’être reçus sous les ors de la République.

A quand le prix de la « désintégration » pour les illettrés, les porteurs de signes religieux ostentatoires, les parcours professionnels chaotiques et les mal-logés issus de l’immigration? Les gagnants pourraient se voir offrir le droit de retrouver la terre de leurs ancêtres…

Désormais, il ne suffit plus d’être français. Il faut en plus afficher une parfaite intégration, prouver qu’on est un « bon » français ou que l’on fait des efforts visibles pour le devenir.
Il est désormais requis d’arborer une francité sans tâche pour être digne d’être reconnu et honoré par l’Etat.

Une nouvelle fois, le gouvernement se fait le promoteur d’une pseudo méritocratie, en mettant grossièrement la lumière sur les « bien intégrés », ceux qui ne font pas de vague et qui font tout comme les vrais Français (ce qui permet d’indiquer de manière subliminale à ceux qui ne l’auraient pas compris quelle est la voie à suivre pour être tolérés), tout en poursuivant de manière cynique sa politique de traque impitoyable des étrangers, qui dans leur ensemble restent des indésirables.

http://www.liberation.fr/rebonds/346566.FR.php

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http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=E5A06AF8582B99E4A85BB99192EE556A.tpdjo10v_2?cidTexte=JORFTEXT000019066550&dateTexte=&oldAction=rechJO
http://www.lacse.fr/dispatch.do?sid=site/evenements/actualites&pid=prix_de_l_integration_et_du_codeveloppement_14_laureats_distingues
http://www.liberation.fr/rebonds/346566.FR.php

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