Villiers Le Bel

Nous n’avons pas voulu réagir « à chaud ». Nous avons voulu peser, mesurer, vérifier, chaque mot, chaque formule, chaque phrase.
C’est que le verdict nous a choqué. Mais pas seulement.

Depuis le début des faits, nous ne cessons d’être étonnés par cette instruction au caractère arbitraire et qui n’a eu pour objectif que de donner l’exemple.
L’exemple d’un pouvoir qui considère que la majorité des populations habitant dans des zones urbaines périphériques sont tous des coupables en puissance. Si ce n’est vous, c’est l’un de vous.
L’exemple d’une justice qui dénie aux prévenus le respect de leurs droits les plus élémentaires et qui néglige tout ce qui peut venir contre balancer l’ordre des choses (pré-établi).
L’exemple d’une police qui se croit et se sait au dessus des lois car tout acte répréhensible face à ces populations sera minoré dans une cour de justice de la République.

Ils ne demandaient que le strict respect de leur droits, de la procédure et de l’application du code pénal, ils ont reçu en retour les plus lourdes peines pour des faits de cette nature. L’exemple.

Comment ne pas qualifier de justice d’exception la procédure toute entière et le verdict qui a conclu le procès : Abdheramane Kamara et son demi-frère Adama, présentés comme les principaux meneurs des émeutes, ont été condamnés respectivement à 15 et 12 ans de prison. Sans antécédents judiciaires avant les faits, Ibrahima Sow et Maka Kante écopent respectivement de neuf et trois ans de prison. Enfin, Samuel Lambalamba, accusé d’avoir fourni un fusil aux émeutiers a été condamné à trois ans d’emprisonnement.

Comment ne pas critiquer cette instruction qui n’a eu pour unique but que d’envoyer un signal fort….au pouvoir.
Nous ne laisserons pas ces quartiers, ces zones, ces villes, nos provinces, notre pays, à une bande de jeunes délinquants se permettant de se révolter et de crier leur rage face à une bavure caractérisée fusse t-elle l’?uvre de simples agents de la fonction publique. Après tout, ils sont tous pareils.

La loi Perben dès 2004, autorisant les témoignages anonymes, la rémunération de témoins, le manque de preuves tangibles, c’est tout cela qui a fini d’achever le sentiment de justice pour certains, pour nous.
Rien ne permet d’affirmer avec certitude que les hommes emprisonnés sont les coupables des crimes qu’ont les accuse. Rien.

Le doute est installé et dorénavant il y aura un avant et un après ce procès de Villiers-Le Bel. Cela s’appelle la jurisprudence. Quiconque osera une révolte, une opposition, une rébellion pour marquer son désaccord face à des faits qu’il juge abusifs, excessifs ou arbitraires, risquera sa vie devant la justice.

La privation de liberté pour des jeunes hommes qui n’ont pas eu droit, ou ne méritaient pas aux choix, une justice libre, indépendante et impartiale. Un comble.

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